6, AVENUE DU VIN

A déguster avec modération

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Dégustation : Le Valais en 7 bouteilles

03.09.2018

 Compte rendu de la soirée du 28 juin 2018

 

Lors de cette sympathique soirée, 7 participants se sont joints autour de ma table pour découvrir ces 7 vins présentant le Valais. Voilà ce qui a été dit durant cette soirée d'environ 3 heures, et peut être un peu plus.

 

Il est bien clair que 7 vins ne suffisent pas à raconter les près de 5000 hectares de vignes que compte ce canton. Mais j'ai effectué une sélection représentant les cépages principaux, des producteurs que j'apprécie et des terroirs intéressants.

 

J'ai choisi pour cela 2 vins blancs secs, 1 rosé, 3 rouges et 1 vin de dessert. Le tout étant accompagné d'assiettes valaisannes, avec différents fromages et viandes séchées. Un petit dessert aux fruits conclu la dégustation.

 

Honneur au cépage romand par excellence, le chasselas, pardon, le fendant, qui sera chargé d’accueillir les invités. Ce cépage couvre en 2017 850 ha et représente 45 % du vignoble blanc. Il est en forte diminution depuis le début des années 2000 (-1000 ha) au profit des cépages autochtones tels que la petite arvine ou le cornalin, des cépages dit améliorateurs, tel que le gamaret, garanoir ou le diolinoir et des cépages traditionnels que sont le merlot, la syrah ou le savagnin blanc.  J'ai choisi pour cela un produit assez simple, mais très efficace pour débuter un apéritif :

 

GRANDGOUSIER 2016, Les Fils Maye, Riddes, entre 10 et 15 francs

 

C'est un vin léger, vif, plutôt rond, avec un bouquet fruité d'agrumes, une bonne minéralité (légèrement salin) qui accompagne parfaitement un fromage. Je le recommande pour la raclette ou une fondue. 

 

2016 a été un bon millésime en Valais avec un récolte importante. Et malgré des températures un peu fraîches en début de printemps, la chaleur de l'été, le bon état sanitaire général et un beau mois de septembre ont donné de beaux raisins. On décrira 2016 en blanc fruité avec une belle tension.

 

Concernant Les Fils Maye, c'est une des plus vieilles caves valaisanne, datant de 1889. L’aïeul, Léonide, s'étant installé à Riddes lors de l'arrivée du chemin de fer et voulait profiter de ce nouveau moyen de diffuser sa marchandise.  Actuellement, l'entreprise toujours en main familiale, occupe 40 collaborateurs et mets sur le marché 4 millions de cols.

 

Vient ensuite, l'ambassadrice du Valais, la petite arvine. Ce cépage autochtone du valais est très réputé à l’international. Le valais compte plus de 210 ha planté en 2017, dont 32 sur Fully. C'est un cépage délicat, plutôt tardif et qui craint le vent et la sécheresse. Sa surface a explosé ces dernières années, il y en avait juste 50 ha en 1997. J'ai choisi pour représenter cette grande dame :

 

 

Les Seilles 2016, Cave Les Follaterres, Fully, entre 20 et 25 francs

 

La robe est d'or et de reflets verdâtres. C'est vin au bouquet d'agrumes, pamplemousse, de miel et de rhubarbe. En bouche, la trame est parfaitement équilibrée, il y a de la tension, de la souplesse, une belle complexité d'arômes et une finale tout en harmonie. C'est un vin racé que je conseille en apéritif seul ou accompagné, mais qui peut accompagné poissons ou fromages sans soucis.

 

Fully est un village à l'entrée de la vallée du Rhône et qui compte plus de 30 ha de petite arvine. Planté presque exclusivement sur la rive droite, cette commune fête sa dame tous les ans avec plusieurs manifestations. A voir -> ICI

 

La cave Les Follaterres, de Nathalie Roduit, dispose de 4.5 ha dont 3 ha sur Fully. Les Seilles sont situés sur un terroir de granit, disposé en terrasses.

 

Les cépages blancs représentent 1900 ha sur les 4825 que compte le valais soit 40%. Ils en a plus de 30 types dans l'AOC Valais, dont les principaux, après le chasselas et la petite arvine, sont le sylvaner, appelé régionalement johannisberg, ou le savagnin blanc, appelé régionalement heida ou païen. 

 

Deux cépages que j'aurai pu présenter, mais je préfère faire déguster pour finir cet apéritif, une spécialité de l'AOC Valais, la Dôle. Cet assemblage de pinot noir et de gamay est décliné en rouge en rosé, la Dôle blanche. C'est cette dernière que j'ai choisi :

 

 

Dôle Blanche 2016, Gregor Kuonen, Salquenen, entre 10 et 15 francs

 

Une robe très pâle, presque blanche habille ce vin. Au nez, les fruits rouges sont majoritaires avec un coté floral. L'attaque est franche, une bonne rondeur et des arômes intense. La finale est moyenne mais bien corsé. C'est un vin frais, avec de l'acidité et du fruit qui accompagne parfaitement des flutes ou des feuilletés.

 

La Dôle est issu soit de pinot noir seul ou d'un assemblage d'au moins 85 % de pinot noir et de gamay avec une majorité de pinot noir. Les 15 % restants peuvent être constitués de n'importe quel autre cépage autorisé en Valais. Le raisin pour être classé en Dôle doit atteindre un certain degré de sucre, autrement il est déclassé en Goron, le vin de deuxième classe.

 

Le rosé, ou blanc de noirs car on fait du vin presque blanc avec des raisin rouges, est obtenu par soutirage. C'est a dire que l'on soutire du mout de la cuve lors de la macération avant qu'il n'ait trop de couleur et de tanins pour le vinifier. Étant donné que le rouge et les tanins du vin vient de la peau du raisin, on obtient alors un vin alliant les deux caractéristiques du vin banc et du vin rouge, frais, fruité avec peu de tanins.

 

Le cave Gregor Kuonen de Salquenen est présente depuis quatre décennies. Ils disposent d'environ 30 ha et proposent plus de 60 vins qui sont régulièrement récompensés dans les différents concours. 

 

La commune de Salquenen fait partie du district de Loèche. C'est une commune bilingue (Salgesch/Salquenen) de 1450 habitants à la frontière du haut et bas Valais. Le vignoble s’étend sur plus de 200 ha. Elle abrite un musée du vin et est connue pour ses vins rouges, principalement son pinot noir. Son terroir d'éboulis calcaires, formé lors d'un éboulement de la montagne de Varone il y a environ 10'000 ans, lui est particulièrement propice. Et Il faut en plus tenir compte des 300 jours d'ensoleillement et du foehn asséchant. 

 

Il est temps maintenant de passer aux vins rouges. Il représente 60% de l'encépagement. Le pinot noir représentant 50%, suivi par le gamay, 16 %. La syrah, le merlot, l'humagne rouge, le cornalin représentent chacun 5 %. A noter que l'humagne rouge est un cousin du cornalin, cépage autochtone, les autres sont des cépages traditionnels mais importés au début du XXe siècle. Le premier rouge sera un pinot noir, que je n'avais jamais gouté encore. C'est sur un coup de tête de dernier instant que j'ai voulu présenté ce vin et avec le recul, celui-ci aurait du être mis en dernier.

 

Grain Pinot Malindzo 2014 , Marie-Thérèse Chappaz, Fully, 40-45 francs

 

Nous avons devant nous un vin d'un beau grenat, dense et profond. Au nez, on retrouve des fruits noirs et rouges, du cèdre, de la vanille et des épices. En bouche, l'équilibre est excellent, entre fraîcheur et rondeur, avec beaucoup d'élégance et de profondeur. La finale est juste incroyable, très longue persistance tout en harmonie, un bonheur. Un pinot noir 100% barrique neuve, planté sur la rive gauche du Rhône, là ou il y a plus de fraicheur, préférable à ce cépage. Mais 2014 avait bénéficié de beaucoup de chaleur de ce coté, d'où un fruit très mûr, voir compoté avec une grande intensité et plutôt atypique pour un pinot.

 

Marie-Thérèse Chappaz est une icône du vin Suisse. Elle débuta en 1989 et est désignée vigneronne de l'année par le Gault et Millau en 1996. Elle cultive 10 ha de vigne à Fully en biodynamie (Article à faire, mais sachez que c'est du bio en plus poussé). Ses vignes reçoivent les meilleures attentions, ses vins proches du terroir sont de grande tenue. Je recommande vivement ses rouges ainsi que les vins de desserts.

 

Nous continuons donc avec une autre grande dame du Valais, la syrah. Cépage de la vallée du Rhône par excellence, celle-ci fut introduite en Valais en 1926, après la crise du phylloxéra (Insecte nuisible importé des États-Unis qui détruisit complétement le vignoble européen à la fin du XIXe et au début du XXe siècle).

 

Syrah 2016, Cave du Vieux Moulin, Romain Papilloud, Vétroz 30 francs

 

Ce 2016 est jeune mais pleins de promesses. La syrah est très souvent élevé en fût de chêne, ici, c'est le cas mais sans barriques neuves. On retrouve donc une belle expression du cépage.

 

C'est un vin à la robe foncée, presque noire, avec des reflets violets. Au nez, on retrouve des fruits noirs, des arômes typiques de violette, et des épices poivrées. En bouche, l'attaque est assez nerveuse, il y a une belle concentration de fruits et de la rondeur et du gras. Les tanins sont encore très présents et mériteraient de s'intégrer un peu plus, et cela malgré plus d'une heure de carafage. La finale est légèrement astringente mais plutôt longue, un bon signe pour sa qualité future. 

 

La cave du Vieux Moulin est un domaine familial repris en 1987 par Romain, secondé aujourd'hui par son fils. Ils exploitent quelque 4 hectares de vignes, cultivés en production intégrée sur les commune de Vétroz, Ardon et Conthey .

 

Le dernier rouge sera un enfant du pays, le cornalin.  Bien qu'originaire de la vallée d'Aoste en Italie, il n'est pratiquement cultivé que en Valais depuis la fin du XIXe siècle. Mais il a été peu à peu abandonné au profit du pinot noir et du gamay, nettement plus facile à la vigne. Il frise l'extinction à la fin des années 60 ou il ne restait plus que 5 vignes. Il a été récupéré et rebaptisé, entraînant une confusion sur les noms.

 

Son nom officiel est le rouge du pays, mais il est appelé cornalin depuis 1972. Le cornalin, de manière officielle, correspond à l'humagne rouge en Valais. Donc nous avons 2 cépages qui ont le même nom, suivant ou l'on se trouve, et qui sont directement parents, car le cornalin est un croisement en le rouge du pays (donc le cornalin) et un cépage inconnu ou disparu. C'est compliqué les histoires de famille.

 

J'ai choisi un cornalin pour une fois sans élevage en fût de chêne, pour avoir une bonne expression du cépage et du terroir.

 

Cornalin 2016, Clos des Monzuettes, Domaine Cornulus, Savièse 30 francs

 

Nous avons un vin à la robe sombre, grenat, avec des reflets violacés. Au nez, les fruits noirs, cerises, framboises, un coté floral et épicé également. En bouche, c'est fin, élégant, assez corsé, complexe, minéral. Les tanins doivent encore s'adoucir sur la finale, mais il y a une belle longueur avec une petite amertume dans les fruits. Un vin à garder quelques années.

 

Le domaine Cornulus est créé en 1986. Deux cousins, Stéphane Reynard et Dany Varone, s’associent. En autodidactes, ils achètent différentes récoltes sur pied à des vignerons de Savièse et élèvent leur vin dans un garage. L’année suivante, ils louent leurs premières vignes sur les coteaux de Sion. Au fur et à mesure des années, ils achètent différentes parcelles, donc le fameux Clos des Corbassières et le Clos des Monzuettes, au-dessus de Sion et Sierre. Ils cultivent en biodynamie depuis 1999. La cave dispose d'une gamme fût de chêne baptisée "Antica" où on trouve leur plus grand cru. Le cornalin Clos des Corbassières 2015 a été sélectionné dans le top 10 des vins suisses par la revue des vins suisses.

 

Le clos des Monzuettes a la particularité d'être au milieu de collines rocheuses escarpées surplombant la vallée du Rhône. Son sol est particulièrement propice aux cépages autochtones. Sur 2,5 ha, l'humagne blanche, la petite arvine, l'humagne rouge et cornalin sont cultivés.

 

Pour le dessert et comme dernière bouteille, je présente un cépage également emblématique du Valais, l'amigne. Couvrant 41 ha en Valais, dont 30 sur Vétroz, d'où elle est originaire, elle n'est cultivée qu'ici, officiellement depuis 1878. On lui donne une origine romaine mais cela est improbable.

 

L'amigne peut être vinifiée de plusieurs façons, en sec - moins de 8 grammes de sucre / litre, en moelleux ou doux - entre 9 et 25 grammes ou en liquoreux - plus de 25 grammes de sucre. Pour illustrer ces dosages, on mets des abeilles, 1 pour le sec, 2 pour le doux et 3 pour le liquoreux. J'ai choisi ici une amigne douce, 2 abeilles, 15 gr/l :

 

 

Amigne 2 Abeilles 2017, Régence-Balavaud, Vétroz 20-25 francs

 

Un vin à la couleur or d'une belle brillance. Le nez est fait de poire, d'agrumes et de fleurs, acacia, aubépine et de miel. En bouche, c'est onctueux, plutôt rond, très aromatique, avec une belle et longue finale tout en équilibre entre acidité et sucre. C'est très gourmand. Je la conseille également en apéritif avec des tomates cerises, c'est un délice et cela plaît particulièrement à la gente féminine.

 

Avec huit hectares de vigne, la Régence Balavaud est un domaine fondé en 1975. La cave a connu un agrandissement en 2006. Les vignes de la Régence sont situées sur les communes de Vétroz et Chamoson principalement. Viennent s'y ajouter quelques parcelles à Martigny, Charrat, Leytron, Ardon, Conthey, Savièse et Salquenen. En confiant la vinification au jeune œnologue Julien Fournier en 2015, elle réalise un excellent choix, car elle désignée cave suisse de l'année en 2016. Le rachat par Provins au début de l'année 2018 entraîne la Démission de Fournier.

 

L'année 2017 a été une année particulièrement pénible pour les vignerons, non pas par la qualité du raisin, mais par la faible quantité, dû aux gelées noire d'avril et à la grêle d'août. L'année avait commencée en avance avec un mois de mars très chaud. Et mise à part les incidents de gel, l'année a été très bonne, avec de la chaleur, peu de maladie et des taux de sucre supérieur à la moyenne. Des vendanges précoces débutent le 11 septembre. Au final, 30 % de moins est encavé, soit 32,8 millions de litres (18,8 rouge et 14 de blanc). Le chiffre d'affaire de 2016 est de 375 millions en hausse de 5 millions et les stocks en baisse de 16 % à 7,6 millions de litres au 31 décembre 2017. Ce millésime 2017 est décrit comme équilibré et frais, ce qui est exceptionnel vu la chaleur et la précocité.

 

La soirée se termine en finissant les vins les plus appréciés, soit le pinot noir de Marie-Thérèse Chappaz et l'amigne. Je remercie tous les participants pour leur bonne humeur et leur intérêt et vous dis à la prochaine. Suivez moi sur Facebook pour être tenu au courant des prochaines dégustations. Merci beaucoup et Santé !

 

 

 

 

 

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