• Pittet Dominique

Dégustation : Bordeaux de 2015 à 1995


Encore une fois réunis pour partager de belles bouteilles et c'est Bordeaux qui est à l'honneur avec une sélection de millésimes entre 2015 et 1995, sur des propriétés de la rive droite et gauche.

Château Canon

Domaine de 34 hectares, il est situé sur le haut du versant sud-ouest du plateau calcaire de la colline de Saint-Émilion, à quelques encablures du village. Il est entouré de plusieurs autres 1er grands crus classés, tels que Clos Fourtet, Beauséjour-Bécot et Belair Monange. La demeure date du XVIIe siècle et est classée bâtiment historique.

Le château a été acheté en 1760 par le corsaire Jacques Kanon. C’est un premier cru classé B depuis le premier classement des vins de Saint-Émilion en 1955. Il a appartenu à la famille Fournier de 1919 à 1996, date de son rachat par la famille Wertheimer, propriétaire du groupe Chanel et également le château Rauzan-Ségla, à Margaux. D’importants investissements ont été faits depuis ce rachat et près de la moitié du vignoble a été arraché et replanté.

L’encépagement du domaine est à 75% en merlot et 25 % de cabernet franc, sur 22 hectares. L’âge moyen des vignes est de 25 ans et la taille est en guyot-double. Les rendements ne dépassent pas 35 hl/ha. Le sol est argilo-calcaire, avec, à 10 mètres sous les vignes, des galeries creusées dans la masse calcaire au 19e siècle pour en extraire des matériaux de construction. Les kilomètres de galeries sont consolidés avec d'énormes piliers pour éviter les risques d'affaissement.

Le vignoble du château a évolué depuis le rachat par Channel. En 2000, rachat de la parcelle du Curé Bon, à côté d’Ausone. Toujours en 2000, achat de la parcelle du Bourg, à l’intérieur de Saint-Émilion, à côté du cloître des Cordeliers (0,3 ha). En 2011, ils rachètent le château Matras, adjacent au domaine, qui viendra, avec ses 11 hectares, s'ajouter au 2ème vin du domaine, le Clos Canon, qui est composé des jeunes vignes du domaine principal. En 2012, Clos Canon est renommé Croix Canon.

Le château effectue les vendanges manuellement, les fermentations se font en cuve inox, et l’élevage est pour 60% en barriques neuves. L’œnologue de la maison est Gilles Pauquet. 80'000 bouteilles sont produites.

Le château a vraiment explosé en 2009 avec une montée de prix de 150%. Jusque-là considéré comme un bon vin, il atteint maintenant des sommets sur 2009, 2010. Les 2015 et 2016 sont encore plus réussis, avec une nouvelle montée des prix et des notations rivalisant avec les grands crus classés A. Une bouteille de Canon a valu pendant longtemps une cinquantaine de francs. Il faut compter en 2018 plus de 150 frs la bouteille pour les 2015, 2016, 2017.

Le vin de Canon est réputé pour son élégance, sa finesse, son style peu boisé, frais, aérien et fruité.

Château Lascombes


Ce domaine de 112 hectares, classé 2ème grand cru en 1855, dont 84 hectares de vignes, en font un des plus vastes vignobles de l'appellation Margaux. Il se trouve principalement sur la commune de Margaux au nord du village.

Le nom vient du plus ancien propriétaire connu, le chevalier Antoine de Lascombes (1625). A l’origine, le vignoble du château Lascombes et de son voisin, le château Dufort Vivens, ne formaient qu’un seul domaine. Il fût séparé entre 1700 et 1750 lors d’héritages. Les premiers propriétaires du domaine actuel furent Jean-François et Anne de Lascombes. La construction du château en lui-même a commencé en 1780. Au court du XIXe siècle, le domaine passe de mains en mains. En 1867, c’est un certain Gustave Louis Chaix d’Est-Ange, bâtonnier du barreau de Paris qui le rachète. C’est lui qui donnera au château son aspect actuel. Il reste dans cette famille jusqu'en 1952, ou il est vendu à Alexis Lichine, propriétaire et négociant. En 1971, devant des difficultés financières, il revend la propriété à une marque de bière anglaise. Il passe ensuite en mains américaines en 2001, Colony Capital. Il appartient aujourd'hui au groupe français mutualiste MACSF, qui a déboursé 200 millions en 2011.

La grande étendue du domaine et son morcellement lui donne accès à un grand nombre de types de sol, argilo-calcaire et graves argileuses pour le merlot, graves argileuses et graves pour le cabernet sauvignon, graves pour le petit verdot. L’encépagement est de 50% merlot, 45 % cabernet et 5 % petit verdot. La taille est en guyot double et l’âge moyen des vignes est de 35 ans.

Le domaine produit deux autres vins, le Chevalier de Lascombes, le 2ème vin, et un Haut-Médoc. 300'000 bouteilles sortent du domaine chaque année.

De nombreuses transformations et améliorations ont eu lieu à partir de 2001, étude pédologique parcelle par parcelle, restructuration du cuvier et du chai. Récolte manuelle, vinification classique, le vin est ensuite élevé sur lies pendant 4 mois. L’élevage finale, après assemblage, est de 18 à 20 mois, 80 à 100% de bois neuf selon les années.

L’œnologue conseil est Michel Rolland. C’est un vin alliant puissance et élégance, avec une bonne richesse tannique. Il contient une majorité de merlot, ce qui le rend déjà agréable jeune, mais il supporte une longue garde sans aucun problème.

Le prix d’une bouteille de Lascombes tourne autour des 80 à 100 francs en 2018. Le 2010 est sans doute le meilleur vin que le domaine ait produit selon les critiques sur les 15 dernières années. 2015 et 2016 seront des bons vins mais pas au meilleur rapport qualité/prix.

Château Sociando-Mallet

Depuis le 17ème siècle, Sociando-Mallet occupe la butte de Baleyron sur une surface de 120 hectares. Situé sur la commune de Saint-Seurin-de-Cadourne, son vignoble se trouve en bordure de l’estuaire de la Gironde. Il est situé dans l’exact prolongement des terroirs des châteaux Cos d’Estournel, Montrose et Calon-Ségur de Saint-Estèphe, mais sur l’appellation Haut-Médoc.

Le nom viendrait d’un aristocrate d’origine basque du nom de Sociondo, selon des documents de 1633. On retrouve en 1750, une référence relative à des vignes de la Demoiselle Anne de Sossiondo. Au cours des ans, « Sociondo » (ou « Sossiondo ») est devenu « Sociando » à la suite d’une erreur orthographique. En 1831, Marie-Elisabeth Alaret était la propriétaire de Sociando. Elle épouse Achille Mallet, capitaine de marine. Selon la coutume de l'époque, il convenait d'ajouter son nom à celui de son domaine, ce dernier est alors baptisé Sociando-Mallet. La famille Alaret reste propriétaire du domaine jusqu'en 1878, date à laquelle le droit de propriété est transmis à Léon Simon. Entre cette époque et l’arrivée de Jean Gautreau en 1969 à Sociando-Mallet, la propriété est passée successivement entre les mains des nombreux négociants bordelais.

Né en 1927, 91 ans aujourd'hui, Jean Gautreau était un célèbre joueur de foot et de tennis dans sa jeunesse. Alors âgé d’une vingtaine d’année, il alla travailler à Bordeaux dans le domaine du courtage des vins et fut un précurseur sur de nombreux marchés européens. A la recherche d’une propriété à vendre pour l’un de ses clients, il découvre Sociando-Mallet. Ayant un coup de foudre pour cette propriété en piteux état, mais au panorama magnifique sur l’estuaire de la Gironde, il décide de l’acquérir pour lui-même contre la somme de 250 000 Francs en 1969. C’est alors un domaine de 5 hectares en mauvais état, avec juste un petit cuvier et un garage. Dès le deuxième millésime, il se fait remarquer et poursuit durant les années septante, la rénovation et l’amélioration du domaine.

Son millésime 1982, noté en primeur par Robert Parker, tire Sociando-Mallet de l'anonymat. En 1996 il défraye la chronique lorsque le Grand Jury européen classe son millésime 1990 devant tous les premiers crus.

En 2000, Jean Gautreau se retire des affaires de négoce pour se consacrer uniquement à son vignoble. C’est maintenant son unique fille, Sylvie, née en 1967, qui reprend le flambeau, l’ayant accompagné durant de nombreuses années.

Le sous-sol est pour 2/3 argilo-marneux avec des graves en surface, de même nature que celle de Montrose ou Latour, un sol drainant parfait pour le cabernet sauvignon. Le dernier tiers est plus argileux et plus propice aux merlots. L’exposition est excellente pour une bonne maturité du raisin.

Aujourd'hui la surface du vignoble avoisine les 80 ha distribués en 24 parcelles dont deux blocs importants de 18.9 ha (Baleyron) et de 16.56 ha (appelée Le Domaine) à proximité immédiate des chais et des bureaux. L’encépagement est composé à 42% de cabernet sauvignon, 54% de merlot et 4% de cabernet franc. Les vignes ont une moyenne d’âge de 35 ans. L’œnologue conseil est M. Couasnon, qui officie également à Charmail ou Lafon-Rochet, tout proches. Le domaine a changé son assemblage en 2013, après des dizaines d’années à majorité cabernet sauvignon. La mauvaise saison pour les cabernets et l’arrachage de deux grandes parcelles en 2014 en font maintenant un assemblage à majorité merlot.

La vinification est faite de façon traditionnelle, avec les levures et les bactéries indigènes. Le cuvier dispose de cuves inox et béton modernes. L’élevage est de 12 mois en barriques neuves à 85 % et 6 mois en cuves.

Ce vin n’est pas classé, ni en grand cru, ni en bourgeois ou artisan. C’est un vin qui a remporté de nombreuses compétitions à l’aveugle au fil des ans, battant régulièrement les grands crus classés du Médoc et de Saint-Émilion. À Las Vegas en 2001, dans une dégustation rassemblant une centaine de bordeaux 1982, Sociando-Mallet a été classé second par le jury européen après Château Pichon-Lalande et troisième par le jury américain après Château Figeac et Château Lynch-Bages. À l'occasion d'une dégustation à l'aveugle organisée en 1999, le Sociando-Mallet 1996 se place en tête d'une liste de 132 bordeaux du même millésime.

Le domaine produit 600'000 bouteilles chaque année. Il y a un deuxième vin, la demoiselle de Sociando-Mallet, à partir de parcelles plus jeunes qui couvrent 20 hectares. Il y a aussi une cuvée spéciale, Jean Gautreau, depuis 1995, qui donne une autre vision de Sociando-Mallet, généralement plus cabernet et donc de plus longue garde. Elle est reconnaissable grâce à une forme de bouteille plus élancé que le modèle bordelais classique.

Un vin qui a un peu de Pauillac, de par son corps et sa texture, et un peu de Saint-Estèphe par le grain de tanin. Il possède une structure complexe, fraîche et élégante, sur des petits fruits rouges avec un excellent potentiel de garde.

Une bouteille s’achète entre 30 et 40 francs pour les millésimes récents, jusqu'à 100 frs pour les millésimes plus anciens comme 1990, 1996, 2000.

Château l’Apolline

Domaine de 2,8 ha à Saint-Sulpice-de-Faleyrens, à 6 km au sud du village de Saint-Émilion, il a été la propriété de Perrine et Michel Genevey entre 1996 et 2013. Il avait été renommé au prénom de leur troisième fille. Avant cela, il portait le nom de château Brégnet. Il était sur l'appellation Saint-Émilion Grand Cru (non classé).


Le dernier millésime enregistré sur le net est le 2011. Le prix oscille entre 20 et 50 francs. La domaine a été revendu à un chinois en 2013, Chi Keung Tong, qui possède plusieurs autres châteaux dans le bordelais. Il se nomme maintenant World Harvest Far East et est exporté en Chine.

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