• Pittet Dominique

Dégustion : Verticale Côte-Rôtie E. Guigal - Côte Brune et Blonde 1985 - 2015



Le Côte-Rôtie est un vin rouge produit sur 3 communes, comprenant 73 lieux-dits sur les communes d’Ampuis (48), Saint-Cyr-sur-le-Rhône (12) et de Tupin-et-Semons (13), sur la rive droite du Rhône, en face de la ville de Vienne, à 30 kilomètres au sud de Lyon.

Il s'agit d'un des crus les plus prestigieux du vignoble de la vallée du Rhône, à l'extrémité septentrionale de la vallée, bénéficiant d'une orientation sud/sud-est à flanc de coteaux. Le nom « Côte-Rôtie » renvoie à l'exposition dont bénéficient ces sols en pente et date du XVIe siècle.

Le côte-rôtie est composée de syrah, et jusqu'à 20 % de viognier, qui peuvent être fermentés tous deux simultanément. Mais dans la pratique, elle représente rarement plus de 2 ou 4 % et parfois pas du tout.

Dans le vallon dit de « Côte Blonde » et dans les situations apparentées où les parcelles présentent des sols de couleur claire, l’érosion du substratum donne naissance à des sables argileux ou « arzel » très friables, instables, qui ne peuvent être cultivés sans être retenus par une série de murets en pierre sèche localement dénommés « cheys ».

Dans le vallon dit de « Côte brune » ou dans des secteurs où les parcelles présentent des sols équivalents caractérisés par une couleur sombre, la matrice argileuse plus importante permet davantage de stabilité. Le coteau est alors aménagé en étroites terrasses ou « chaillées » constituant une sorte d’escalier accueillant sur ses marches relativement planes les pieds de vigne.

Les parcelles complantées, en mélange de plants, avec les cépages syrah N et viognier B se rencontrent plus fréquemment sur la « Côte Blonde » que sur la « Côte Brune ».

Les lieux septentrionaux comme Côte Brune, avec les lieux-dits la Turque, La Landonne, Rozier, Viallière et Grandes Places ont tendance à produire des Côte Rôties plus tanniques et lentes à maturité. Les grands sites centraux comme Côte Blonde et La Mouline produisent des vins d'une finesse et d'une élégance plus prononcées.

Le côte rôtie se présente dès sa prime jeunesse dans une somptueuse robe d’un grenat profond frangé de beaux reflets violacés.

L’agitation révèle un nez qui dégage des arômes de fruits rouges et noirs avec des dominantes de cassis, de groseille, de framboise jointes à des pointes d’épices poivrées et de violette avec une combinaison d’arômes lardés. Il évolue ensuite vers des parfums de vanille, de cuir, de fruits à noyau, musc, cèpe et de truffe. Doté d’une bouche ronde, soyeuse et tendre à l’attaque, ce vin très harmonieux est d’une grande élégance. Il se caractérise par une considérable amplitude aromatique avec des tanins d’une structure très fine et remarquablement fondus. Le qualificatif le plus retenu est Finesse.

Les producteurs le font généralement vieillir de un an et trois ans avant de le commercialiser, le cahier des charges ne stipulant rien à ce propos.

"La Côte Rôtie est le pont entre la Bourgogne et le Rhône." Elle capte le meilleur des deux : la puissance et l'opulence du sud et la délicatesse et la nuance du nord. C’est un vin qui ne dépasse que rarement les 13% d’alcool. Il s’épanouit vers 15 ans et peut atteindre son apogée des lustres plus tard.


Histoire

Ce terroir viticole est centré sur Ampuis, un ancien comptoir grec puis romain (emporion). Les anciens romains ont célébré son vin sous le nom de vinum picatum ou vin viennois.

La réputation des vins d'Ampuis, tout au cours du Moyen Âge, est cantonnée à Lyon qui absorbe sa production. La Renaissance permit d'accroître la renommée de ces vins vers d'autres provinces ainsi que vers les tables princières d’Europe.

Selon la légende, le nom de côte blonde et brune vient du milieu du XVIe siècle. Le seigneur Maugiron qui possédait la Côte Rôtie, aurait partagé son domaine pour doter ses deux filles lors de leur mariage. L'une était blonde et l'autre était brune.

Au début du XIXe siècle, les vignes s'étendaient sur 300 hectares et produisaient un vin de grande réputation. Le vignoble atteignit son apogée en 1890. Toutes les terrasses orientées vers le midi étaient cultivées.

En fait, avec une réputation mondiale aujourd'hui en 2108, et près de 95% de l'appellation possible en vigne, il est difficile d'imaginer qu’il y ait eu des jours sombres ici.

Au début du XXe siècle, la crise du phylloxéra, puis la première guerre mondiale, qui emporte cent cinquante des vignerons du vignoble, condamne une partie des coteaux à l'abandon. La deuxième guerre mondiale n’améliore pas la situation. Dans la plupart des familles, la vinification a sauté une génération.

Et c’est l’énorme tempête de 1956, qui dévasta les vignobles, qui fit toucher le fond à cette région. Pour ceux qui ont continué à cultiver, il était à la fois plus facile et plus gratifiant de faire pousser légumes et fruits, et surtout des abricots. Selon le producteur Jean-Michel Gerin : « Dans les années 1960, un kilogramme d'abricot se vendait deux fois plus cher qu'un litre de vin ».

Dans les années 1970, une nouvelle génération de vignerons mise à nouveau sur le travail de la vigne et sur la qualité.

Derrière cela, il y a un certain nombre de facteurs, dont une nouvelle organisation de producteurs dirigée par Albert Dervieux, le succès commercial du millésime 1976, de nouvelles routes sur les pentes, la renommée grandissante de Guigal et ses sélections parcellaires, le soutien de Robert Parker et, enfin, une série de quatre grandes récoltes consécutives entre 1988 et 1991. Cette renaissance a pu se faire aussi en partie grâce à un coût de la terre qui était alors très bas : au début des années 1980, le prix de la vigne se situait dans le secteur à l'équivalent d'un euro le m². Mais même durant ces années, le légendaire Marius Gentaz a laissé passer l'occasion d'acheter le célèbre vignoble de La Turque parce que le vin ne se vendait pas aussi bien que ses légumes.

Et si vous demandez aujourd'hui aux producteurs locaux qui étaient le plus responsable de la survie de la Côte-Rôtie durant ces années de vaches maigres, la plupart vous donneront deux noms : Vidal-Fleury et Guigal.

Joseph Vidal-Fleury avait repris l'entreprise familiale dans les années 1920, à peu près au même moment où Etienne Guigal, 14 ans, s'engageait comme chef de culture. Pendant les quatre décennies qui suivirent, Vidal-Fleury fut pratiquement le seul jeu en ville, achetant une grande partie de la production des producteurs de la Côte Rôtie. Il était une lueur d'espoir, même après le départ de Guigal en 1946 pour fonder sa propre entreprise.

Mais avec pratiquement personne pour travailler la vigne et si peu d'argent à en tirer, le vignoble a continué à s'amenuiser. Lorsque Marcel Guigal rejoint son père en 1961, la superficie des terres cultivées n'est plus que de 42 hectares. Contre toute attente, la situation s'est lentement améliorée. Marcel s'est avéré tout aussi habile et infatigable que son père. Il a travaillé avec Albert Dervieux, président de l'association des viticulteurs, pour éviter que le vignoble ne devienne un terrain résidentiel.

Le succès progressif de Guigal, à la fois producteur et négociant, l'incite à sortir son premier vignoble Côte Rôtie, La Mouline, en 1966. A la fin des années 1970, ce vin est devenu la première icône mondiale de la région, et l'introduction d'un deuxième cru de Guigal, La Landonne, en 1978, a scellé le marché. Le succès des deux vins n'a pas seulement élevé Guigal, il a donné à la Côte Rôtie la crédibilité dont elle avait tant besoin.

Pourtant, la croissance des vignes a été lente. Même au début des années 1980, il n'y avait que 100 hectares de vignes en Côte Rôtie. Une grande partie de la région était en friche, envahi par les arbres et les buissons. Le travail éreintant de défrichage et de plantation de nouvelles vignes dans les rochers a pris des années.

Une véritable reconnaissance mondiale par le public des amateurs de vin est finalement arrivée avec l'article de Robert Parker en janvier 1987. Parker a qualifié les Côte Rôties 1985 de " vins les plus dramatiques et intenses que j'ai dégustés depuis ma première dégustation de vins rouges de Bordeaux en 1982 ". Il a particulièrement mis en exergue les vins monocépage de Guigal et Rostaing. Une réputation qui ne fait que grandir depuis.

Quelques Producteurs de l'appellation

  • Domaine E. Guigal

  • Domaine Billon

  • Domaine Bonnefond

  • Domaine Burgaud

  • Domaine M. Chapoutier

  • Domaine Clusel-Roch

  • Domaine Cuilleron

  • Domaine Daubree

  • Domaine de Bonserine

  • Domaine Delas

  • Domaine Drevon

  • Domaine du Corps de Loup

  • Domaine du Monteillet

  • Domaine Duclaux

  • Domaine François Villard

  • Domaine Gangloff